« Ligne d’Erre » à la bibliothèque

José Da Silva, Nicolas Anglade, Laurette Conil, Alain Escure, Christine Colombier
lors du vernissage de l'exposition Ligne d’Erre de Nicolas Anglade, à la bibliothèque de Manzat, le 5 décembre 2009



PRÉSENTATION :

« Les gens de la ville m'ont toujours semblé quelque peu caractéristiques dans leurs habitudes et leur style de vie. Vivre dans une métropole doit jouer sur les sensibilités et influencer le comportement des êtres. Ce qui est encore une affirmation indéniable du triomphe sur chacun d'entre nous. »
Will Eisner, 1988

J'espère qu'à la vision de mes images, l'on pourra deviner sans peine mon admiration pour des photographes tels que : Henri Cartier-Bresson, Josef Koudelka, Raymond Depardon ou encore Trent Park dont les univers hantent mes jeunes images. Mais il sera aussi judicieux d'aller chercher du côté de la bande dessinée et plus précisément au cœur des planches de cet auteur géant qu'était Will Eisner. Son sens magique de l'observation et le découpage vertigineux de ses pages décrivant la vie quotidienne au cœur du Brooklyn de son enfance, m'ont encouragés dans l'élaboration de cette série au parti pris « tranché ».

J'ai démarré cette série depuis plus d'un an et je ne sais quand elle se finira. C'est en me promenant dans les rues étroites et verticales de mon quartier que l'idée est apparue : regarder la ville à travers ce prisme recadré, étroit, vertical, haut où le seul échappatoire à ce conditionnement claustrophobique est le petit bout de ciel au dessus des bâtisses en haut de la rue. A travers mes images j'ai aimé me questionner sur l'urbanité qui m'entoure et l'influence qu'exerce sa structure sur nous. Je me suis alors mis en quête de lignes, de volumes, de formes, d'espaces et bien sûr d'ombres et de lumières dans lesquels viennent s'inscrire des personnages tels des notes sur une partition. La musique qui s'en dégage appelle divers sentiments. Souvent oppressants, parfois rassurants. C'est l'histoire d'une errance dirigée que racontent ces images. Ce moment qui conduit l'usager de la ville d'un point à un autre, ce moment où la contemplation trouve rarement sa place. A l'image de la société qui l'élabore, l'urbanisme laisse peu de place à l'improvisation et c'est dans un univers cartographié, balisé, défini qu'il nous faut évoluer. Rien d'étonnant à cela. Juste le reflet d'un monde industrialisé qui nous promet toujours plus de sécurité, souvent au détriment de nos libertés fondamentales. Néanmoins, une grande partie de mes photos contient un espoir qui vient temporiser mes arguments les plus pessimistes et ici ou là on découvre de petits îlots qui réconfortent.

De ces instants, où la seule présence humaine suffit à donner la vie à ces ensembles austères ; ici une petite cabane a l'air d'être à l'origine de la nature en lutte contre cette barre d'immeuble ; là ce garçon qui passe sous des guirlandes de noël, qui sont, peut être l'illustration psychédélique de sa lecture, ou cette petite fille nullement craintive face aux ombres de la rue...
Je ne suis pas sûr que « le triomphe sur chacun d'entre nous » soit complètement réalisé, car malgré tout depuis que je vis en ville j'ai appris à la connaître et à l'apprécier. Et si on s'en donne la peine nous pouvons (à notre façon) se la réapproprier.

Et pour moi, ma façon, c'est de la fixer à travers mon objectif pour pouvoir en tirer des petites scénettes bien éclairées dans lesquelles il sera bon de se perdre.

J'ai essayé de présenter mes images dans le but de former une histoire avec une introduction, un développement (à la périphérie, vers le centre, le centre, la nature urbaine, la nuit) et une conclusion qui se doit d'être provisoire. J'aimerais que les gens qui regarderont ces photos puissent à leur tour s'interroger sur leur environnement quotidien. Pour laisser le champ libre à leur interprétation je ne souhaite pas légender mes images. Je peux juste dire que toutes ces photos ont été faites à Clermont-Ferrand dans un périmètre de moins de 2 Km autour de chez moi. De la photo locale, pour une pensée globale aurait dit Jacques Ellul...

« Ligne d'Erre » est un titre emprunté à Fernand Deligny, éducateur qui accordait une grande place à l'image dans sa pratique professionnelle. Il avait inventé ce terme pour définir le résultat (transcrit sur papier et qui donnait des dessins naïfs) des déplacements récurrents des personnes autistes avec qui il vivait dans le centre qu'il avait créé dans les Cévennes.

Nicolas Anglade
www.nicolasanglade-photographik.fr